DADO reçoit GLAMOTCHAK

Glamotchak chez Dado

 

Imagine-t-on Matisse invitant un artiste dans sa chapelle décorée? C’est ce que fait Dado, qui accueille Glamotchak à Saint-Lazare de Gisors, dont il couvre de fresques la maladrerie depuis 10 ans.

Tout le monde connaît Dado. Les amateurs seuls connaissent les sculptures en résine de Zlatko Glamotchak. Qu’est-ce qui incite un peintre célèbre et d’ordinaire possessif à en introduire une douzaine dans son intimité? Le besoin de les ingérer, c’est un hommage. Une forte convergence d’idées. En juin, Dado représentera le Monténégro à la Biennale de Venise. Il souhaitait saluer l’événement par une exposition en France: les « survivants » de Glamotchak habiteront les 110 mètres carrés du lieu hanté par « son » Jugement dernier. Aux murs, ses huiles, violentes, avec des os, des pinces, des mandibules, l’attirail d’un «Grand Macabre » façon Ghelderode, entre murs peuplés d’âmes et de djinns hurleurs. Nous sommes tous les fils de Lazare ; que nos immondices nous rassemblent ! « Est-ce que j’ai affûté mes baïonnettes et mes couteaux » ? s’interroge Dado.

Qu’apporte Glamotchak, essentiel ? La reconstitution matérielle: les survivants « que des chiens dévorants se disput(ai)ent entre eux », défouissent, en symbiose avec le décor. Un pas en arrière et ce serait le cynisme du constat de l’homme orphelin de Dieu, un en avant, la chute dans le vide. Glamotchak préserve l’équilibre litanique et critique entre obsession mystique et réalité du chaos. L’humain peut triompher. Au-dessus des ruines (de la guerre en Yougoslavie, certes, mais les premières sculptures étaient antérieures à celle-ci), dans le huis-clos de la chapelle sarcophage, au cœur du discours des maudits (mots-dits), c’est Lazare-Dado-Glamotchak-vous-et-moi que le sculpteur convoque théâtralement. « Frères humains qui après nous vivez, n’ayez les cœurs contre nous endurcis » plaidait Villon…

Une suggestion : l’exposition est exemplaire, unique, l’ensemble, complet, définitif.  L’œuvre, co-signée, ne devrait-elle pas demeurer comme un tout, au-delà d’un été ?

Yak Rivais